Libertinage : Le consentement peut-il être tacite?
Imaginons un instant quelques petites mises en situation pour mettre la table avant d’entrer dans le vif du sujet.
Je suis dans une soirée libertine chez des amis, donc une soirée à teneur sexuelle. Je ris, je m’amuse. L’ambiance est légère. Je connais certaines personnes, d’autres sont nouvelles. Bien sûr, sexuellement, rien n’est jamais obligatoire dans ces soirées, « sans attente et sans pression » qu’ils disent tous toujours. À un moment, pour amuser la galerie, mon conjoint qui m’accompagne rit de bon cœur et il élance une main pour taper ma fesse droite. Les gens présents apprécient le geste, puis un homme avec qui j’avais déjà discuté un peu dans le passé s’élance à son tour. POW! Direct sur la fesse gauche. Je sursaute, mais je n’en fais pas de cas. Mon conjoint non plus sur le coup. Je ne vais pas gâcher la soirée pour ça en réprimandant ce gars sèchement (même si j’ai envie de lui mettre mon poing à la figure). Après tout, je m’entends bien avec lui en général, donc je m’éloigne simplement et je laisse couler. Une petite voix dans ma tête me dit cependant que quelque chose ne va pas!
Nouvelle situation. Je suis dehors dans ma cour avec mon conjoint, nous avons invité des amis proches à la maison, dont un en particulier que j’ai bien hâte de voir. À notre dernière rencontre, nous avions bien flirté et nous nous étions même embrassés, mais le contexte de la soirée est avant tout amical cette fois-ci. Dès son arrivée, il se précipite sur moi pour m’enlacer en guise de bonjour. Puis, une de ses mains glisse sur ma fesse et il tente de m’embrasser. J’esquive du mieux que je peux, mais je ressens un léger malaise. Oui, nous avons déjà été proches, mais aujourd’hui, l’ambiance ne s’y prête pas du tout et je n’en ai pas envie pour le moment.
Une petite dernière! Je suis dans une soirée avec plusieurs personnes. Mon conjoint et une femme semblent bien connecter dans leur coin, ils s’embrassent, rient, se touchent, ça va très bien. Moi, je jase avec une amie et tout à coup, un homme m’enlace et il m’embrasse dans le cou. En me retournant, je constate qu’il s’agit du conjoint de la femme qui s’amuse avec mon homme. Voyant sa femme occupée avec mon conjoint, il avait tenu pour acquis qu’il avait par conséquent des droits sur moi.
À première vue, ce sont des petits gestes anodins entre amis, des petites largesses de rien du tout, des incidents qu’on aura tôt fait de discuter et régler en un claquement de doigts pour que ça ne se reproduise pas. Après tout, on est bien loin du viol! C’est vrai. Souvent la personne ne va simplement rien dire pour ne pas risquer de briser l’ambiance et mettre un froid, ou pire, perdre une amitié. La personne pourrait même passer pour la coupable qui a envoyé les mauvais signaux, donc elle garde le silence. Imaginez, j’ai même déjà entendu quelqu’un en traiter un autre de « faux libertin » dans ce genre de situation! Et la critique n’était pas adressée à la personne qui n’avait pas tenu compte du consentement de l’autre, malheureusement. Elle était destinée à la personne qui avait refusé certains gestes sexuels.
Il va sans dire que c’est un sujet qui fait beaucoup jaser dans les dernières années, plus que jamais. Il semble que lentement, mais surement, la société se familiarise avec le concept du consentement clair et éclairé. Les gens sont de plus en plus à l’aise de demander le consentement de l’autre, surtout en matière sexuelle, de l’intégrer dans la séduction et dans le jeu, de le rendre même excitant. Rien n’est encore complètement gagné, mais je constate quand même une amélioration sociale par rapport à mon adolescence et ma vie de très jeune adulte.
Mais, une fois que le consentement a été donné une première fois, que les gens se connaissent bien et ont tissé des liens de séduction ou que la personne se trouve dans un endroit où ses « amis » peuvent s’attendre à une activité sexuelle, il semble que le concept de consentement devienne tout à coup beaucoup plus flou!
Cet article se veut une réflexion sur une question précise: Le consentement peut-il être tacite?
Est-ce que le fait de consentir dans le passé amène automatiquement un renouvellement tacite du consentement? Si je me fie à mon expérience, pour plusieurs personnes, c’est le cas! Est-ce que le fait de se trouver dans un lieu/événement libertin amène automatiquement un consentement sans qu’il ne soit clairement formulé? Encore une fois, pour certaines personnes, il semble que c’est parfois le cas également. Les situations racontées au début de cet article sont relatives au milieu libertin, mais dans ma vie, j’en ai vécu tout autant en contexte moldu (non libertin) et vanille, dans le milieu Kinky et aussi dans le milieu BDSM. Prendre pour acquis le consentement dans certaines situations, j’ai vu ça partout!
Allons-y d’une brève définition, question de tous partir sur la même base. Le consentement, c’est quoi? Selon CALACS Estrie (organisme d’aide pour les victimes d’agression à caractère sexuel), voici la définition :
Le consentement sexuel est l’accord qu’une personne donne à son partenaire avant de participer à une activité sexuelle.
Le consentement doit :
Être donné de façon volontaire, c’est-à-dire qu’il doit s’agir d’un choix libre et éclairé. Si le choix n’est pas libre et éclairé, le consentement n’est pas valide. Ton consentement n’est donc pas valide si tu le donnes parce que tu ressens de la pression ou parce que tu te fais menacer.
Être clair. Le silence N’EST PAS une preuve de consentement. Une personne doit clairement communiquer son accord à l’activité sexuelle pour que son consentement soit valide. Elle peut le faire par ses paroles, son comportement ou les deux.
Être donné personnellement par la personne qui participe à l’activité sexuelle. Une autre personne que toi ne peut pas donner ton consentement à ta place.
Le consentement n’est pas valide lorsque la personne est intoxiquée volontairement ou involontairement que ce soit par l’alcool, des drogues, des médicaments, etc.
Le consentement est un ACTE CONTINU qui peut être RÉVOQUÉ EN TOUT TEMPS ; tu as le droit de poser des limites à l’intimité consentie et tu as également le droit de changer d’avis et de mettre fin à la relation.
La personne doit être en mesure d’exprimer son consentement à chacune des étapes de l’activité sexuelle. Donc, avant d’entreprendre une activité sexuelle de nature différente, le partenaire doit d’abord s’assurer que l’autre personne est d’accord pour aller plus loin. Tu peux vouloir embrasser quelqu’un, mais tu as le droit de ne pas vouloir avoir une relation sexuelle avec elle/lui.
Le consentement doit se donner AU MOMENT de l’acte. Si tu donnes ton consentement le matin pour le soir, tu dois le redonner le soir-même, sinon, ton consentement n’est pas valide. Il se peut que tu changes d’idée pendant la journée, et tu as le droit de refuser MÊME SI TU AS CONSENTI LE MATIN.
De son côté le CPIVAS ajoute une dimension intéressante à sa définition:
Le consentement sexuel consiste en un accord à participer à une activité de nature sexuelle (que celle-ci implique, ou non, un contact physique). On dit que, pour être valide, le consentement sexuel d’une personne doit être libre, éclairé et enthousiaste.
Donc, on comprend assez rapidement que le consentement ne devrait JAMAIS être pris pour acquis!
Même s’il a déjà été donné dans le passé.
Même si la personne se trouve dans un lieu libertin et que vous vous connaissez déjà.
Même si son chum s’amuse avec ta blonde (ou tout autre échange semblable).
Même si la personne qui te touche est ton/ta propre conjoint(e). D’ailleurs, selon CALACS Estrie, une personne sur neuf subirait une agression sexuelle de la part de l’être aimé à un moment ou à un autre.
Des histoires semblables, j’en ai entendu des tonnes et j’en ai vécu quelques-unes moi-même. Le consentement devrait toujours être revalidé, à chaque étape de la relation de séduction ou sexuelle et à chaque nouvelle occasion dans le temps.
LE CONSENTEMENT NE DEVRAIT JAMAIS ÊTRE TACITE!
Le consentement devrait être exprimé clairement par des mots ou démontré par une attitude corporelle ENTHOUSIASTE qui indique clairement à l’autre son ouverture aux rapprochements AVANT que ceux-ci aient lieu.
J’insiste sur le mot « enthousiaste »! Une personne qui gèle et ne sait pas comment réagir, ce n’est pas de l’enthousiasme. Une personne qui participe peu à l’échange et qui semble chercher un moyen de fuir ailleurs des yeux, ce n’est pas de l’enthousiasme. Même si elle ne dit pas non!
Une personne enthousiaste aura une attitude corporelle ouverte (elle maintient une proximité physique volontairement, le corps penché vers l’autre, les bras décroisés, etc), son attention est dirigée vers l’autre, elle sourit, elle participe activement aux échanges. Bref, clairement, elle est là avec l’autre à 100% et cet échange la rend heureuse, l’amuse, l’excite.
Ce n’est pas parce qu’une personne te permet de la toucher une fois, que tu as un droit de passage gratuit les fois suivantes! Ce n’est pas parce que le lieu, sa tenue vestimentaire ou son attitude s’y prêtent, que tu as le droit de toucher cette personne sans son accord préalable. Ce n’est pas parce qu’elle ne réagit pas à ton toucher que tu as automatiquement un consentement pour la suite.
La prochaine fois que vous aurez envie d’enlacer quelqu’un, le toucher, l’embrasser… je vous invite à vous poser les questions suivantes :
Ai-je pris pour acquis son consentement avant d’agir?
Qu’est-ce que je fais pour m’assurer que l’autre consent?
Comment je pourrais faire pour rendre le consentement plus sexy, amusant et ne pas briser l’ambiance?
Qu’est-ce que je pourrais dire à l’autre ou faire pour m’assurer que cette personne ne ressent aucune pression à consentir?
Bonne réflexion!
Si vous avez des questions, n’hésitez pas à vous joindre au groupe Facebook « La Kinky Room » qui regroupe les gens ayant un intérêt autour des pratiques sexuelles alternatives (kinky, libertinage, BDSM, etc.). Vous pourrez y poser toutes vos questions sur le sujet, rencontrer des gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que vous ou encore faire des rencontres plus croustillantes si vous le souhaitez. Pour être ajouté à ce groupe privé, veuillez contacter Lady Bébelle par courriel via le formulaire de contact.
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Sources consultées pour la rédaction de cet article:
Google (s.d.). Définition du terme “Tacite”. Consulté le 15 décembre 2021.
CALACS Estrie, (s.d.). Le consentement. Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. Consulté le 15 décembre 2021 sur http://www.calacsestrie.com/informations/publications/
CPIVAS (s.d.) Le consentement. Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle. Consulté le 5 décembre 2021 sur https://cpivas.com/le-consentement/
Gouvernement du Canada (s.d.). La définition du consentement à l’activité sexuelle. Gouvernement du Canada. Consulté le 15 décembre 2021 sur https://www.justice.gc.ca/fra/jp-cj/victimes-victims/def.html
Expériences personnelles.